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Dent d’OcheChablais · 2 221 m
Le refuge de la Dent d'Oche posé sur son épaule rocheuse
Sur place · 2 114 m

Le refuge de la Dent d'Oche

À 2 114 mètres, sur l'épaule rocheuse de la montagne, cent mètres sous la croix du sommet. Construit en 1913, vue sur le Léman depuis la terrasse.

Photo Pimlico27

Peu de refuges des Alpes offrent ce contraste. On dort à plus de deux mille mètres, dans un décor de haute montagne, et l'on regarde en même temps les lumières d'une ville d'eau et les bateaux du lac Léman, mille sept cents mètres plus bas.

Une histoire qui commence en 1913

Le premier refuge est construit en 1913, inauguré peu après, quelques mois avant que l'Europe bascule dans la guerre. Un second bâtiment lui succède au même emplacement et son inauguration, le dimanche 30 juillet 1939, reste un événement dans les annales de la Haute-Savoie. Préfet, sous-préfets, députés, maires, présidents des clubs alpins français et suisses avaient répondu à l'invitation. La nuit précédente, une retraite aux flambeaux répondait aux feux de Bengale tirés depuis le refuge illuminé. Le dimanche, un millier de fidèles se pressait autour d'un espace transformé en salle de concert à ciel ouvert, avec la fanfare de Bernex et les cors de chasse de Novel. Le curé Coffy, montagnard et futur Juste parmi les nations, célébra la messe sur un autel de piolets et de cordages entrelacés.

Le refuge que l'on connaît aujourd'hui a été entièrement remis à neuf entre 2017 et 2019 : cuisine, dortoir, literie, salon, plancher, refuge d'hiver. Le chantier a mobilisé une équipe de bénévoles du Club alpin du Léman, jusqu'à cent quinze personnes en une seule journée, cinquante rotations d'hélicoptère pour dix tonnes de matériaux, et une menuisière qui a passé quatre mois là-haut. Il a rouvert fin juin 2019 avec ses boiseries odorantes.

Ceux qui l'ont tenu

Depuis les origines, le refuge a d'abord été gardé par des membres de la famille Dutruel, de Trossy à Bernex. Serge Bégain a pris le relais de 1991 à 2011, dix-huit ans de gardiennage, puis Élise Cupelin jusqu'en 2017, Pasang Sherpa, Joana Escobet Selga après les travaux, et Maud Louvrier depuis 2022, qui avait été cinq ans gardienne du refuge de l'Aiguille du Goûter.

Le métier a changé. Longtemps masculin, il se féminise et se professionnalise : connaissance du milieu montagnard, cuisine, comptabilité, notions de droit, hygiène, gestion de l'environnement. Le gardien ou la gardienne compose avec les particularités du lieu : un espace sécurisé réduit, pas d'eau potable, des toilettes sèches, des déchets à redescendre, un ravitaillement héliporté en début de saison puis assuré à dos d'homme. Et un rôle essentiel de renseignement auprès des randonneurs, parfois de secours quand quelqu'un se perd dans le brouillard.

Le refuge de la Dent d'Oche avant sa rénovation
Le refuge avant sa rénovation. Photo Ymaup.

Y monter

L'accès se fait par l'itinéraire de la voie normale, depuis le parking de la Fétiuère à Bernex. Comptez environ deux heures trente à trois heures de montée, en passant par les chalets d'Oche puis le col de Rebollion. Un passage équipé d'une main courante précède l'arrivée.

Le refuge se situe déjà dans la partie rocheuse de la montagne. La montée jusque-là ne présente pas de difficulté technique, mais elle n'a rien d'une promenade : la pente est soutenue du début à la fin. Le gardien le rappelle volontiers, c'est le seul refuge du Chablais accessible après une vraie marche d'approche.

Les chaînes et les bénévoles

En 2016, les chaînes en place, vétustes, devaient être changées. La commune de Bernex a confié les travaux au guide de haute montagne Jean-Pierre Bernard, aidé de Jean-Marie Recht. Il a fallu héliporter cinq cents kilos de matériel jusqu'au refuge, puis compter sur des bénévoles du Club alpin du Léman et des randonneurs de passage pour le portage à dos d'homme et de femme. Entre l'automne 2016 et 2018, avec des journées de plus de douze heures, trois cent cinquante mètres de chaînes neuves ont été posés et deux cents broches d'arrimage percées dans le rocher.

L'association Lou Vionnets, créée en 2001, entretient les sentiers de la Dent et du Château d'Oche et pose la signalisation. En 2020, ses équipes ont purgé la fameuse cheminée et ses alentours, réduisant fortement les chutes de pierres qui avaient causé de nombreux accidents.

Dormir là-haut

Passer la nuit au refuge transforme complètement la sortie. On monte tranquillement dans l'après-midi, on voit le soleil descendre sur le lac depuis la terrasse, on dîne avec les autres, et l'on attaque le sommet au petit matin, avant la chaleur et avant le monde. La lumière du lever sur la face nord vaut à elle seule le déplacement.

Le dortoir compte quarante-cinq places. La réservation est nécessaire et se fait auprès du gardien via le site officiel du refuge. Prévoyez un drap de sac, des espèces, une frontale et des bouchons d'oreilles, comme dans tout refuge de montagne.

Le repas du soir se prend ensemble, à base de produits locaux, les fromages venant des chalets d'Oche. Le refuge a d'ailleurs une réputation gourmande solidement établie. Puis l'assemblée gagne les dortoirs en silence, parce que certains se lèveront très tôt pour le lever de soleil sur la Dent. Ceux qui font le GR 5 poursuivront leur route le lendemain.

Réserver

Les dates d'ouverture, les tarifs et les disponibilités sont tenus à jour sur le site du refuge, géré par la FFCAM.

refugeladentdoche.ffcam.fr

Le soir et le matin

Le refuge de la Dent d'Oche est à la fois ici et nulle part. C'est après quelques semaines passées ici que tout se dessine clairement : les nuances vives et colorées du coucher de soleil, les nuages rapides qui nous laissent goûter à la solitude.

Extrait du livre d'or du refuge.

C'est le vrai luxe de l'endroit. Le soir, le lac passe du bleu au cuivre puis à l'encre, et les villes s'allument une par une sur les deux rives. Le matin, l'ombre de la montagne s'étend en triangle sur la plaine avant de se rétracter. Entre les deux, il y a une nuit courte, un ciel très noir et des chocards impatients dès la première lueur.